S’essayer à se connaître mieux nécessite la présence de soi et la relation: je ne peux pas avancer seul-e car la vie nécessite la relation. La présence à soi et la présence aux autres rend la relation vivante et invite le vivant à se manifester, à évoluer, à se transformer. Cette relation s’établit à deux, par exemple dans un entretien de relation d’aide, entre thérapeute et client-e, ou à plusieurs, dans un travail de groupe. Quoi qu’il en soit, tous doivent être présent-e-s et tous doivent travailler, sans quoi l’échec de la relation est très probable. Le succès, c’est-à-dire la transformation de soi manifestée par l’observation de comportements nouveaux et désirés, ne peut advenir que dans l’unité de la relation. La séparation l’exclut.

La force du groupe est de permettre à une qualité d’énergie d’une finesse qui lui est propre d’émerger et de nourrir toutes celles et tous ceux qui y coopèrent. Lorsque je me trouve seul-e, cette qualité ne peut apparaître. Le groupe est nécessaire à son émergence. Et pourtant, chacun-e continue de travailler seul-e car le chemin se fait bien seul-e. C’est la participation de chacun-e au groupe qui lui permet de se nourrir de cette énergie nécessaire à son propre cheminement.

Alors, dans un groupe en formation, qu’allons-nous laisser devenir? Il se peut qu’il se passe quelque chose; ce n’est pas certain. Et il n’est pas certain non plus qu’il ne se passe rien. Tout dépend de ce que nous sommes prêts à déléguer à notre ignorance. Tout dépend de notre capacité à nous en remettre à notre ignorance, à ce que nous ne savons pas, à ce que nous n’avons pas appris, à ce que nous ne connaissons pas. Je viens sans même savoir encore ce que je cherche. Je sens que des croyances, des habitudes, des programmes, des automatismes -appelons-les comme on voudra, je parle de tout ce qui régit mes mouvements, mes actes, mes paroles, lorsque je suis absent-e- je sens que ces mouvements automatiques cherchent à ce que je les abandonne, à ce que je m’en défasse. Mais comment, puisque je ne peux rien faire avec eux et que je n’ai qu’eux à disposition?

Je peux alors me tenir face au gouffre, au néant; me tenir face à tout ce que je ne connais pas et que me cache pour l’instant l’illusion du savoir auquel je me raccroche. C’est en m’appuyant sur cette ignorance en devenir de connaissance réelle que je peux laisser naître en moi l’espoir d’aller vers qui je suis. Cet abysse de non-savoir est si profond, si vaste, qu’aucun écho, aucun reflet ne peut m’être renvoyé. Il n’y a donc aucun risque que je puisse projeter quoi que ce soit sur ce vide: son étendue est telle que rien ne me sera retourné. Et comme il n’y a aucune possibilité non plus du retour d’un quelconque reflet, tout risque d’identification est également exclu.

C’est ma chance: libéré de tout risque de projection et d’identification, je n’ai plus que mes sens pour m’aider à me diriger. Je peux alors ressentir les mouvements, jusque-là imperceptibles, qui affleurent sur ma peau depuis le centre de mon être; mouvements qui se propagent comme les ondes gravitationnelles se propagent dans l’univers, le formant et le reformant suite aux chocs gigantesques d’énergies démesurées en son noyau, Parques tissant l’espace cosmique, actualisant la toile sur laquelle je deviens.